
Louis Poirier, alias Julien Gracq, sur les bords de la Loire à Saint-Florent-le-Vieil, son village natal (photo Jacques Boislève, reproduction interdite).
L'écrivain Julien Gracq est mort samedi à l'âge de 97 ans à Angers (Maine-et-Loire, France). Né le 27 juillet 1910 à Saint-Florent-le-Vieil, sur les bords de la Loire, entre Nantes et Angers, il est entré de son vivant dans la collection de la Pléiade. Sur ce site Internet, le 30 novembre 2006, un article lui avait été consacré (c'est ICI), pour la sortie du hors série édité par la Revue 303, ouvrage collectif sous la direction éditoriale de Jacques Boislève (c'est LÀ). Nicolas Sarkozy a salué "l'un des plus grands écrivains français du XXème siècle. Loin des modes et des cercles mondains, il a construit une pensée originale et une oeuvre puissante. Romancier autant que poète, essayiste, dramaturge, critique, Julien Gracq a été lu par les grands auteurs, Thierry Maulnier, André Breton, Henri Queffelec, avant d'être reconnu par la critique. Du fleuve de sa région natale, la Loire, et de la Bretagne où il a enseigné la littérature, il a hérité des brumes, des rêves, des légendes. Il a connu l'absurde et l'atrocité des guerres. Il a inspiré nombre d'auteurs. Sa réflexion sur la littérature a nourri l'épanouissement intellectuel et esthétique de générations entières d'élèves et d'étudiants (...) L'oeuvre et la pensée de Julien Gracq resteront ainsi comme une falaise de marbre, résistant aux assauts du temps et ouverte à toutes les interprétations." Le premier ministre François Fillon, son "voisin" de la Sarthe, voit en lui "un auteur complet, à la fois romancier, dramaturge et critique littéraire. Avec l'auteur du Rivage des Syrtes, homme discret et esprit indépendant, disparaît une figure phare de la littérature française contemporaine."

Julien Gracq, près de l'île Batailleuse, une partie de la Loire devant chez lui à Saint-Florent-le-Vieil (photo Jacques Boislève, reproduction interdite).
Le journaliste Jacques Boislève, quant à lui, fut l'un des amis fidèles de Julien Gracq : "C'était un homme exemplaire, un écrivain à contre-courant, alors que d'autres sont vus partout sans être véritablement lus, lui on le voyait nulle part et on le lisait. Il a porté au plus haut l'excellence de la langue française !". Julien Gracq avait fait ses études à Paris, étudiant en Lettres Supérieures au lycée Henri IV. Il a Alain comme professeur, et en voyant le Parsifal de Wagner, il a la révélation et son intérêt au cycle de la Table Ronde et la quête du Graal. Études de géographie à l'École Normale Supérieure, diplômé de Sciences Politiques en 1933, il découvre la Bretagne en même temps que le surréalisme, et obtient son agrégation d'histoire en 1935. Professeur à Nantes, puis à Quimper, son premier roman "Au château d'Argol" est refusé par Gallimard et publié en 1938 chez José Corti, sous le nom de Julien Gracq (son nom de naissance est Louis Poirier). L'ouvrage passe inaperçu, mais quelques grands esprits le remarquent. Quand il refuse le prix Goncourt en 1951 pour "Le Rivage des Syrtes", beaucoup n'y voit qu'une réaction d'orgueil, alors que Gracq envoie un signe d'indépendance aux lecteurs pour juger de la valeur d'un livre à sa lecture plutôt qu'à la reconnaissance d'un prix prestigieux... Cet esprit libre autant que discret est resté fidèle jusqu'au bout à son éditeur José Corti, et ses tirages limités à l'ancienne, ce qui ne l'a pas empêché d'acquérir ses lettres de noblesse auprès des lecteurs ou dans le monde des lettres, pour des écrits d'une grande poésie qui resteront des classiques de la littérature. M. Gracq, qui était célibataire, sera incinéré, selon ses voeux, et la cérémonie sans doute dans l'intimité familiale aura lieu jeudi 27 décembre, au funérarium d'Angers.

L'une des dernières photos de l'écrivain, prise lors d'un repas dans son village natal, en 2006 (photo Jacques Boislève, reproduction interdite).
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