"J'ai appris avec une peine bien sincère la perte du général Stofflet (NDLR : l'un des chefs vendéens de l'insurrection dans l'Ouest de la France à la Révolution). Elle afflige tous les braves royalistes. Aussi, ils ne pensent qu'à venger sa mort (...)". C'est le général "blanc" Charette, de l'armée catholique et royale vendéenne, menant la contre-révolution française, qui parle dans une lettre. C'est l'une des pièces maîtresses mises en vente à l'hôtel Drouot (Paris), le 13 novembre 2007, à 14 h (catalogue en ligne ICI) : "Personnellement, je n'en avais jamais vu passer entre mes mains, car les lettres de chefs vendéens de la guerre de Vendée, ou de leurs amis de Bretagne, les chefs chouans comme Cadoudal, sont très rares", explique Bruno Testart, l'expert sarthois de la vente. "Elle est d'autant plus rare que lorsque Charette l'écrit à l'abbé Bernier, une figure de la Vendée militaire, il est traqué par les soldats révolutionnaires, et n'a plus que quelques jours à vivre." François-Athanase Charette de la Contrie (1763-1796), Roi de la Vendée, sera effectivement arrêté dans les bois du logis de la Chabotterie (Saint-Sulpice-le-Verdon), le 23 mars 1796, par Travot, et vendra chèrement sa peau. Il est fusillé à Nantes, le 29 mars suivant, ce qui signe la fin de la guerre de vendée (1793-1796).

Cette précieuse lettre signée à l'abbé Bernier, alors commissaire général de l'armée catholique et royale en Anjou (adresse et cachet de cire aux armes) n'est pas datée, mais elle a dû être écrite entre le 25 février 1796 (mort de Stofflet), et l'arrestation de Charette. Qui le félicite ensuite de sa nomination d'agent de l'armée royale auprès des puissances étrangères, méritée par "votre parfait dévouement pour la cause que nous défondrons jusqu'à la dernière goutte de notre sang..." Il ne croyait pas si bien dire le concernant. Une autre lettre de Charette passe en vente le même jour, un rare ordre signé de son quartier général de Belleville (Vendée), le 28 avril 1795, adressé à Louis Guérin, son lieutenant et ami qui fut tué quelques semaines plus tard : "Il est ordonné à Mr Guérin, chef de la division de Vieillevigne de faire prendre à la Rufelière une couette, un matelas et deux couvertures pour les faire passer de suite au quartier général de Belleville." Guérin annote et signe dans le bas de ce document : "Le conseil de Boué fera conduire les effets dénommés à Vieillevigne." Parmi les 300 lots de la vente, on trouve aussi une rare lettre de Cadoudal, chef breton.

Charette fut la figure symbolique de la révolte vendéenne, avec d'autres généraux comme Cathelineau, Lescure, Larochejaquelein, Stofflet, etc. Tout débuta en mars 1793 quand, poussée à bout par la persécution religieuse (constitution civile du clergé) des révolutionnaires, la déportation des prêtres et autres dérives de la Convention, la Vendée s'embrase. L'Ouest de la France se soulève ensuite avec les Chouans. Charette finira par incarner l'âme de la Vendée, répondant coup pour coup aux "bleus" révolutionnaires, d'autant que la Terreur et les colonnes infernales des soldats républicains avaient mené en Vendée militaire (Vendée, Maine-et-Loire, Loire-Atlantique, Deux-Sèvres), un véritable génocide qui fit 170.000 morts. Une tragique page d'histoire toujours en attente de reconnaissance officielle...

Charette tel que le peignit Pierre Guérin (XVIIIe siècle), conservée au musée d'Art et d'Histoire de Cholet (Maine-et-Loire). Anne Bernet a écrit la biographie "Charette" (Perrin), et le Centre vendéen de Recherches historiques s'est spécialisé avec des publications inédites sur cette période historique de l'histoire de France (*).
(*) À lire, notamment : "Charette", de Thérèse Rouchette, dans la collection "Les indispensables" (Éditions du Centre vendéen de Recherches historiques), 127 pages illustrées. 15 euros. Tél. de France : 02 51 47 74 49.
Commentaires