
Nouveaux réfugiés arméniens venus de Damas et établis à Beyrouth (photo Antoine Poidebard, coll. Bibliothèque Orientale - USJ).
Coïncidence du calendrier politique, la Cité nationale de l'Histoire de l'Immigration (CNHI) a été inaugurée à Paris, quelques jours avant qu'une commission parlementaire américaine propose au Congrès de reconnaître officiellement le génocide arménien. Ce fut fait lors d'une résolution européenne, le 18 juin 1987, et en 2001 par les députés français. Aux Etats-Unis, la reconnaissance du génocide arménien par le Congrès suscite les foudres (voire les représailles) de la Turquie, qui parle toujours de "représailles" ayant fait dans l'empire ottoman de 250.000 à 500.000 morts, alors que les massacres et déportations des Arméniens ont fait plus de 1,5 million de victimes selon eux. Si vous voulez en savoir plus, la CNHI propose jusqu'au 11 janvier 2008 une exposition extrêmement documentée sur cette triste page d'histoire arménienne : Reconstruire la Nation. Les réfugiés arméniens au Proche-Orient et en France (1917-1945). Elle est coordonnée par Raymond H. Kevorkian, en partenariat avec la Cité nationale de l'Histoire de l'Immigration. C'est le prolongement de l'année de l'Arménie en France (lire en archives sur ce blog plusieurs sujets consacrés à cet événement entre les deux pays). L'histoire des diasporas arméniennes, particulièrement au Liban, en Syrie et en France, y est déclinée aussi dans une démarche parallèle d'adaptation aux sociétés d'accueil. Mais aussi pour faire ressortir l'importance de la constitution d'une forte diaspora comme élément primordial de reconstruction d'une nation. La jeune république indépendante d'Arménie peut voir dans cette exposition française à la CNHI de Paris, un ambassadeur symbolique dans cet événement historique qui réunit pour la première fois une riche documentation (photographies, textes, cartes, documentation iconographique, etc.).

Atelier de couture à l'orphelinat Kékélian, à Beyrouth, en 1929. Photo Abel, coll. Bnu.
L'exposition replace le contexte historique, après le génocide arménien de 1915, et les survivants dispersés au Proche-Orient et en France. Des refuges, des orphelinats, des écoles et des églises ont été organisés, souvent de façon rudimentaire, avant d'être édifiés définitivement. En France, entre 1923 et 1927, environ 58.000 réfugiés connaîtront à la fois les difficultés douloureuses de l'exode et le chantier de reconstruction français de l'entre-deux-guerres. Les Arméniens de France constituent la plus vaste communauté d'Europe, arrivés par Marseille. Ce fut le début de l'intégration par contrats de travail dans un pays en déficit démographique, la plupart comme ouvriers dans tous les domaines de l'économie française. Mais également l'instint viscéral d'un peuple à préserver leurs identités et leurs cultures en exil. Des parcours familiaux complètent cette exposition, et montrent les difficultés humaines, autant que l'accueil salvateur des pays concernés. Des conférences et des débats sont aussi programmés régulièrement, et un ouvrage publié comme catalogue de l'exposition, un maillon essentiel dans la reconnaissance du génocide et de la nation arménienne.
(*) L'expo : Palais de la Porte Dorée, 293 avenue Daumesnil, Paris. Du mardi au vendredi de 10 h à 17 h 30. Les samedis et dimanches de 10 h à 19 h. Jusqu'au 31 décembre 2007, tarifs réduits (3 et 2 euros), ouverte jusqu'au 11 janvier 2008. Le livre : "Les Arméniens 1917-1939. La quête d'un refuge." (Rmn éditions), 350 pages. Prix conseillé : 45 euros. Ce catalogue est placé sous la direction de l'historien Raymond Kevorkian, Lévon Nordiguian et Vahé Tachjian. Journée du livre arménien : elle aura lieu dimanche 11 novembre au Toboggan, avenue Jean-Macé à Décines (Rhône), à partir de 14 heures (livres, films, débat). Contact CNHI (de France) : 01.53.59.58.60.

Ouvriers arméniens de l'atelier de montage de chaussures à Belleville, près de Paris, 1926-1928. Coll. Bibliothèque Nubar de l'UGAB.
A LIRE ÉGALEMENT, LE TÉMOIGNAGE DE J.-V. GURÉGHIAN, ICI : YEVROBATSI.
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