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Samedi 3 mars 2007

Le député UMP des Alpes-Maritimes Lionnel Luca vient de déposer une proposition de loi (1) pour que la République française reconnaisse le génocide vendéen programmé par la Convention républicaine, entre le 1er août 1793 et la chute de Robespierre en 1794. Ce n'est pas la première fois que des élus, des historiens, ou associations pour le devoir de mémoire, demandent cette reconnaissance, comme le département de la Vendée à partir de 1989, à l'occasion du bicentenaire de la Révolution. Evidemment, quand le nom du principal instigateur des massacres civils de l'Ouest de la France (le général Turreau) est gravé sur l'Arc de Triomphe à Paris, et que cette page de la Terreur reste la honte de la Révolution française, la reconnaissance "officielle" est difficile. Le peuple arménien en sait quelque chose, dont le génocide pourtant reconnu est toujours controversé en Turquie, et encore aujourd'hui parfois ailleurs. Le 12 octobre dernier, l'Assemblée nationale française a adopté une loi qui interdit la négation du génocide des Arméniens, en 1915, dans l'Empire ottoman. Un génocide arménien dont Sir Winston Churchill, notamment, a dit : "Il ne fait aucun doute que ce crime fut planifié et exécuté pour des raisons politiques."

C'est exactement le cas du massacre franco-français des insurgés vendéens et de leur famille (qui s'opposaient à la Terreur et non à la Révolution, comme on le croit encore trop souvent à tort), massacre pour lequel on peut rajouter aux "raisons politiques", des "raisons idéologiques." Le général républicain Turreau, qui prit alors la tête des "colonnes infernales" chargées de raser la Vendée, a résumé (comme ses collègues Grignon ou Westermann) les directives de la Convention à l'encontre de cette province d'alors : "Tous seront passés au fil de la baïonnette. Les villages, métairies, bois, landes, genêts et généralement tout ce qui peut être brûlé seront livrés aux flammes." On sait aujourd'hui que même les habitants y furent livrés parfois, au fil des massacres, quand ils n'étaient pas noyés en masse dans la Loire sous les ordres du sinistre Carrier, et que l'un des premiers camps d'extermination - dit l'Entrepôt - fut mis en place à Nantes (Loire-Atlantique). Les historiens n'hésitent plus à parler du génocide vendéen, recensant pour certains quelque 170.000 victimes martyrisées, hommes, femmes et enfants de tous âges (lire aussi en archives, ci-contre, aux dates des 3 octobre et 2 novembre 2006) : "C'est un massacre délibéré et gratuit de la population civile sans raison militaire", définit Alain Gérard, universitaire et spécialiste de la Révolution française. "Les Vendéens se sont soulevés aussi pour des raisons morales, contre la destruction du peuple au nom du peuple. Ils ne se sont pas révoltés contre la Révolution, mais contre la dérive terroriste de la Révolution. " L'Assemblée nationale ne manque pas d'éléments historiques irréfutables pour prendre enfin une décision qui se fait attendre depuis des décennies, la reconnaissance officielle du génocide vendéen : "Un grand pas sera fait quand cette page d'histoire sera inscrite dans les ouvrages scolaires", regrette Alain Gérard parmi d'autres.

Alain Gérard, écrivain, dirige également le Centre vendéen de Recherches historiques (CVRH), qui publie régulièrement des témoignages ou archives inédits sur cette période trouble (photo Dr).

(1) Cette proposition de loi a été co-signée par Véronique Besse (MPF, Vendée), Bernard Carayon (UMP, Tarn), Hervé de Charette (UMP, Maine-et-Loire), Louis Guédon (UMP, Vendée), Jacques Remiller (UMP, Isère), Jérôme Rivière (UMP, Alpes-Maritime), Joël Sarlot (MPF, Vendée), Hélène Tanguy (UMP, Finistère). D'autres propositions de loi ont également été déposées pour faire reconnaître les génocides ukrainien et tsigane.

Pour en savoir plus...

Des parutions très fouillées : "Pourquoi la Vendée ?" d'Alain Gérard, préface de François Furet (1989), Editions Armand-Colin ; "La Vendée, 1789-1793" (Alain Gérard, 1993), Editions Champvallon ; "Par principe d'humanité... La Terreur et la Vendée" (Alain Gérard, 1999), préface d'Alain Besançon, Editions Fayard ; "La guerre de Vendée" (Alain Gérard, 2006, CVRH), ou "Femmes oubliées de la guerre de Vendée", ouvrage présenté par Thérèse Rouchette (CVRH).

Des points de vue récents : "La Vendée-Vengé, Le génocide franco-français", livre de Reynald Secher (Editions Perrin), docteur en histoire, et "La Vendée et la Révolution", livre inédit de Jean-Clément Martin (Editions Perrin, Tempus).

Le Centre vendéen de Recherches historiques, groupement d'intérêt public associé notamment à l'université de Paris-IV-Sorbonne : 02 51 47 74 49 (numéro composé de France).

Pour mieux connaître le génocide arménien : imprescriptible.

 

par Dominique Michonneau publié dans : infos-news-bulletin-reponse
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