Gnafron, Guignol et Madelon, réalisés par Laurent Mourguet vers 1808, leur créateur dont on peut voir quant à lui le portrait en peinture à
l'expo du Musée Gadagne de Lyon jusqu'au 18 mai 2008 (©Musée Gadagne/P.Verrier).
La ville de Lyon célèbre cette année le bicentenaire de Guignol, la marionnette la plus célèbre de France, qui incarne toujours l'esprit gaulois et une référence
d'humour contre les injustices et la police. Combien de générations se sont amusées, et encore avec
la Compagnie des
Zouzous, à voir Guignol rosser le gendarme !
Pour la petite histoire, le père de Guignol est
Laurent Mourguet, un de ces nombreux canuts, ouvriers de la soie qui, mis au chômage par la Révolution, s'était reconverti en
marchand forain, puis en arracheur de dents. Au fil de ses petits boulots, M. Mourguet aurait créé sa première marionnette pour attirer la clientèle par le rire, détourner l'attention du patient au
moment d'ôter la dent cariée, voire couvrir ses cris. Il la baptisa
Gnafron, du surnom de l'un de ses camarades, le père Thomas, qui buvait beaucoup, avant d'inventer
Madelon, la femme de Guignol, ou celle de Gnafron, selon les histoires. Gnafron, coordonnier aimant bien la bouteille et fort en gueule, aurait été enfanté en 1805, avant la
naissance de Guignol, officiellement en 1808.
Selon l'humeur des marionnettistes et l'actualité du moment, le théâtre de Guignol était un peu le reflet de l'état d'esprit et des infos locales, une espèce d'exutoire avant l'heure, se dressant
en souriant contre les injustices sociales. Guignol, le gone (l'enfant de Lyon), et son équipe libertaire, vont alors écumer les cabarets de Lyon, en pleine révolte des canuts, puis à partir de
1865, sous la plume de
Jean-Baptiste Onofrio et la tradition orale, avec un ton moins grivois. Il faut dire que le régime de Napoléon III est passé par là, obligeant depuis juin
1851 les établissements de spectacles à soumettre les textes à la censure, avant les représentations... Puis Guignol "montera" à Paris, dès 1847, dans les jardins du Luxembourg et un nouveau
public, les enfants. Et leurs parents.
L'histoire de la famille Mourguet s'étend sur cinq générations de guignolistes, marionnettistes qui ont raconté aussi bien l'histoire des petites gens que celle de la bourgeoisie dans la région
lyonnaise. Le théâtre de Guignol est avant tout satirique et destiné aux adultes, avant de s'adapter au jeune public. Au début du 20e siècle, Pierre Neichtauser qui animait le théâtre Quai
Saint-Antoine à Lyon fut aussi maire de Brindas, en banlieue lyonnaise.
Jean-Guy Mourguet, dernier descendant du créateur et habitant de Brindas, a fait don de sa collection à
la Communauté de communes des Vallons du Lyonnais, qui perpétue l'histoire de la famille Mourguet et de la marionnette Guignol. Un musée théâtre est né (
c'est LÀ). Il transmet l'histoire de la célèbre famille Mourguet à travers la conservation et la mise
en valeur d'une collection ayant acquis aujourd'hui un statut patrimonial, mais aussi d'une manière vivante.
Jusqu'au 18 mai 2008,
le musée Gadagne de Lyon présente aussi une expo temporaire sur Guignol, grâce
au célèbre marionnettiste Jacques Chesnais. Et puis surtout Guignol a résisté au temps, et trouvé
ses dignes successeurs avec les Guignols de Canal +. La Guignolmania a de beaux jours devant elle, l'actu satirique et la parodie aussi.
Les Guignols de Canal +, dignes successeurs de Guignol, qui vit toujours sa vie de son côté encore aujourd'hui (©Musée théâtre Guignol des
Vallons du Lyonnais).
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