À Conamama, en Guyane, le cimetière des prêtres déportés pendant la Révolution française tombait en désuétude (Dr).
L'association des bénévoles du Puy du Fou (France, Vendée), qui fête les trente ans de sa célèbre Cinéscénie en 2008, vient de contribuer à la rénovation d'un cimetière de prêtres déportés en 1798, en Guyane, à Conamama. Elle a financé la remise en état de ce lieu de culte, en lien avec les pères spiritains, mettant indirectement du même coup cette sombre page d'Histoire de France en lumière. La déportation des prêtres est une page noire de la Terreur révolutionnaire, peu relatée dans les livres d'Histoire, voire oubliée de la mémoire populaire. De rares livres, comme celui du père Maurice Barbotin, "Conamama. Camp de la mort en Guyane pour les prêtres et les religieux en 1798" (*), relatent ces faits, qui ont perduré bien après la chute de Robespierre, jusque sous le Directoire...
À Conamama, le cimetière était envahi par les herbes folles, et les tombes aux croix de bois partaient à l'abandon, rongées par le temps et les intempéries. Michel Robert, père spiritain originaire de Vendée, a sollicité Marc Chatry, un ami d'enfance, qui préside le FLAC (Fonds local d'animation culturelle), l'un des deux volets caritatifs de l'association puyfolaise. Le volet humanitaire, présidé par Renée Bossard, secrétaire de l'association, a distribué depuis sa création plus de deux millions d'euros, pour la Ligue contre le cancer, les orphelins du Liban, du Vietnam, ou de Madagascar, etc. Le FLAC, quant à lui, a réinjecté quelque 700.000 euros dans la sauvegarde du patrimoine local de la région puyfolaise, depuis trente ans : "La rénovation du cimetière de Conamama est une tout autre opération, d'abord parce qu'elle est éloignée de notre rayon d'actions habituelles de sauvegarde, puis parce qu'elle est emblématique, car elle est rattachée à l'histoire vendéenne pendant la Révolution française, et tout en perpétrant une mémoire oubliée outre-mer. Nous avons voté pour cette opération une enveloppe de 10.000 euros." Au bord de la jungle guyanaise, le cimetière a été nettoyé, les tombes et le calvaire consolidés et restaurés. Les croix de bois ont été refaites en béton, et le site, qui fait l'objet d'un pèlerinage annuel, entouré par une chaîne neuve. On parle même d'une cause en béatification pour les prêtres déportés, qui serait en projet pour Rome...
Une plaque sera bientôt posée à Conamama pour rappeler le martyre de ces déportés à cause de leur foi, du religieux novice de 22 ans qui réussit comme d'autres à s'évader, au prêtre de 61 ans mort sur place, comme tant d'autres. La déportation des prêtres par la Convention révolutionnaire, après la constitution civile du clergé lors de la Révolution française, est moins connue du grand public que les massacres de civils en septembre 1792 à Paris, ou le génocide des insurgés contre les dérives révolutionnaires lors de la guerre de Vendée (1793-1796). Et pourtant, en 1798 encore, la constitution civile du clergé français faisait toujours des victimes idéologiques. Des centaines de prêtres ou prisonniers politiques français furent déportés en Guyane ou aux Seychelles pour y mourir à petit feu. Ce fut la "guillotine sèche", pour ne pas les exécuter en métropole, et provoquer alors des émeutes populaires... En 1798, près de 300 prêtres seront déportés à Conamama, dans les terres perdues, à une dizaine de kilomètres entre Sinnamary et Iracoubo. Trois fois plus ont été emprisonnés et déportés de l'île d'Aix, venant de 40 diocèses de France. Certains religieux furent libérés lors de leur long voyage en mer, par les Anglais, alors qu'ils étaient déportés comme du bétail sur des bateaux où beaucoup mouraient pendant leur sinistre voyage. D'autres se sont évadés sur les lieux de déportation, pour échapper à la mort, mal nourris, buvant de l'eau croupie, ou victimes des dangers locaux. Entre 1793 et 1794, alors que des départs que les Révolutionnaires auraient voulu plus nombreux, mais les bateaux manquaient, avaient lieu de l'île d'Aix ou de l'île Madame (France, Charente-Maritime), d'autres hécatombes eurent lieu en métropole. À l'île Madame, surnommée "l'île aux prêtres", 254 périrent avant d'être embarqués et furent inhumés ici, où une croix de galets le rappelle. Mais sur 829 prêtres emprisonnés à Rochefort-sur-Mer (1.494 avaient été dirigés sur Bordeaux), seuls 228 personnes survécurent... La rénovation du cimetière de Conamama ravivent aussi leur mémoire.
Le père spiritain Maurice Barbotin, et au-dessus, le cimetière de Conamama rénové (Dr).
(*) À lire : "Conamama. Camp de la mort en Guyane pour les prêtres et les religieux en 1798", par Maurice Barbotin.
237 pages. Éditions de L'Harmattan.
À savoir : les prêtres déportés survivants ont été remis en liberté par le décret de Bonaparte en 1800,
libérant les prisonniers politiques.
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