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Mercredi 28 novembre 2007

"Les débuts du modèle" (collection du musée Jacquemart-André, photo Wyts et Rousseau). Reproduction interdite sans autorisation.

Jusqu'au 13 janvier 2008, le musée Jacquemart-André à Paris marque le bicentenaire de la mort de Jean-Honoré Fragonard (1732-1806) avec une exposition exceptionnelle qui regroupe une centaine d'oeuvres de cet artiste libertin du siècle des Lumières ! Evidemment, on aurait tort de réduire son travail à des toiles ou des dessins "lestes"... Mais Fragonard fut malgré tout le peintre des plaisirs de son siècle : plaisirs galants, plaisirs champêtres, plaisirs littéraires et artistiques dont il a laissé une palette aussi vive en couleurs, qu'originale en traits (*). Fragonard est le fils d'un marchand gantier de Grasse (France), qui se tourna pour se faire connaître vers des clients fortunés prisant les sujets galants. Mais avant cela, ses prédispositions artistiques le firent entrer, à l'âge de 14 ans, dans l'atelier de Boucher. En 1752, il est lauréat du grand prix de peinture et entre à l'École royale des élèves protégés, puis il part pour l'Académie de France à Rome. Fragonard se distingue d'abord dans le genre sérieux, et donne en 1765 son tableau Corésus et Callirhoé, qui fut justement admiré, reflet pour ses admirateurs de la relève de l'École française. Mais désespérant d'atteindre au premier rang de ce genre, il le quitte pour le genre érotique, où il brille en illustrant les Contes de Jean de La Fontaine, son "maître en libertinage".

"Jeune homme poursuivant une jeune fille dit La Culbute" (collection privée, Copyright Courtesy of W.M. Brady & Co., New York). Reproduction interdite sans autorisation.

Fragonard a trouvé son style dans le genre libertin, un style à la fois léger et très audacieux. Bientôt le peintre à la mode, il amassa une grande fortune que la Révolution française lui fit perdre. Il fut nommé l'un des conservateurs du musée du Louvre par l'Assemblée nationale. Fragonard est un artiste d'exception, pour une oeuvre peinte ou gravée qui reflète le XVIIIe siècle qu'il côtoie : audace des scènes galantes et coquines, élégance des héros légendaires, charme des allégories amoureuses, ou ces scènes coquines suggérées aux gestes vivants des personnages, dans des situations équivoques. Comme dans Les débuts du modèle, où une jeune femme est livrée par une autre à un galant homme qui attire des jeunes femmes dans son atelier, et soulève avec sa baguette sur ce tableau la robe de la plus jeune. Mais souvenez-vous de son célèbre tableau Le Verrou ? Un libertin pousse le verrou d'une porte d'une main, attirant vers lui une jeune femme quelque peu "résistante" de l'autre. Le grand questionnement étant : s'agit-il d'un viol ou d'une scène d'amour ? Les scènes de genre de Fragonard sont volontiers égrillardes encore dans Les hasards heureux de l'escarpolette, qui décore souvent les boites de chocolats, fantasme alors d'un commanditaire libidineux (M. de Saint-Julien, receveur général des biens du clergé) qui donna à Fragonard des conseils de mise en scène : "Je désirerais que vous peignissiez Madame sur une escarpolette qu'un évêque mettrait en branle. Vous me placerez de façon, moi, que je sois à portée de voir les jambes de cette belle enfant et mieux même, si vous voulez égayer le tableau." Une demoiselle sur une balançoire qui est actionnée dans l'ombre par un jeune abbé, avec une telle vigueur que la robe de la jeune personne découvre son entrejambes aux yeux d'un tiers ébahi... Du grand art.

"La Surprise" (musées d'Angers, Copyright musées d'Angers, photo Pierre David). Reproduction interdite sans autorisation.

Les premières oeuvres de Fragonard, consacrées à la peinture d'Histoire, révèlent déjà la puissance de son style. Inspiré par son maître Boucher, il affectionne les scènes de genre (Le Petit Éducateur), les sujets mythologiques (La naissance de Vénus) ou littéraires (Renaud dans les jardins d'Armide). Fragonard dépeint alors le plaisir de vivre qui caractérise son époque. Il la met en scène, tout particulièrement dans Les Quatre Ages de l'amour. Cette série d'oeuvres peinte pour Madame du Barry, intégrée définitivement dans les décors de la Frick Collection à Londres, est évoquée dans l'expo par de remarquables esquisses peintes, pour certaines jamais montrées en Europe.

(*) Jusqu'au 13 janvier 2008, au musée Jacquemart-André, 158 boulevard Haussmann, Paris, tous les jours de 10 h à 18 h. Le catalogue illustré est conçu par Marie-Anne Dupuy-Vachey, historienne d'art et spécialiste de Fragonard, et édité aux éditions Snoeck : 39 euros.

par Dominique Michonneau publié dans : infos-news-bulletin-reponse
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Mardi 20 novembre 2007

Jusqu'au 3 février 2008, l'Historial de Vendée marque le 180e anniversaire de la naissance de Paul Baudry (1828-1886), artiste muraliste, portraitiste et peintre de nus féminins qui a marqué l'histoire de l'art du Second Empire. Cette magnifique exposition, dans le cadre de la visite du musée, présente 130 toiles et dessins de ce Grand Prix de Rome, et un film de plus de vingt minutes sur ses décorations intérieures d'hôtels privés et de monuments publics. Parmi ceux de la région parisienne, son oeuvre majeure est la magnifique décoration du grand foyer de l'Opéra de Paris, commandée par l'Empereur Napoléon III, et qui fut restauré de 2000 à 2004 (ci-dessous, un panneau, "Salomé"). Pour l'anecdote, Baudry était allé s'imprégner avant des peintures de Michel-Ange dans la chapelle Sixtine, au Vatican, et s'était rendu à Londres pour étudier les "Actes des Apôtres" de Raphaël... L'oeuvre lui prit dix ans de travail méticuleux et difficile.

L'exposition vendéenne est d'envergure nationale, co-organisée par le Conseil général de Vendée en lien avec les musées du Louvre, d'Orsay, de Versailles, le Prado à Madrid, ou la Villa Médicis. Quelque 130 oeuvres de collections publiques ou privées reflètent la personnalité et l'inspiration de Paul Baudry, fils de sabotier né à La Roche-sur-Yon (Vendée), peintre majeur du XIXe siècle. C'est l'un des plus célèbres représentants du Second Empire, affublé longtemps à tort du titre de "peintre pompier", mais qui annonçait avec ses contemporains les prémices de l'impressionnisme, ou du réalisme cher à Gustave Courbet. Si l'académisme de Baudry est souvent présent dans ses toiles, les quinze dernières années de sa vie forgeront une oeuvre d'une étonnante modernité. L'exposition et le livre d'art qui vient d'être édité à cette occasion (*) le montrent, réunions de portraits de muses, femmes, enfants, et de célébrités nues qui illuminent cet aspect de son oeuvre. Ebauches dessinées au trait vivant, ou beaux nus féminins (comme en haut de page "La Perle et la Vague", ou "Odalisque"), Baudry est un dessinateur d'une virtuosité étonnante, dont l'inspiration s'est enrichie chez les grands maîtres de la Renaissance italienne. Paul Baudry est né à La Roche-sur-Yon en 1828. Fils d'un sabotier, il fit très vite preuve d'un indéniable talent artistique et décida, à l'âge de 16 ans, de tenter l'aventure parisienne. Travailleur infatigable, il obtint le Grand Prix de Rome en 1950, à l'âge de 22 ans, ce qui lui permit de devenir pensionnaire de la Villa Médicis de 1851 à 1856. À son retour, auréolé de son titre, il devint un peintre officiel, sollicité par le "Tout-Paris". En parallèle, il se consacra à la peinture décorative pour les hôtels particuliers de familles illustres et richissimes. Paul Baudry meurt en 1886, laissant derrière lui une oeuvre immense et la réputation d'un peintre génial, considéré par certains comme l'égal de Raphaël ou de Delacroix. Il est enterré à Paris, au cimetière du Père-Lachaise.

(1) Exposition ouverte à l'Historial de Vendée (France), tous les jours sauf le lundi, jusqu'au 3 février 2008, de 10 h à 18 h. Tarifs du musée, avec l'expo : 8 et 5 euros à partir de 18 ans. Tél. : 02.51.47.61.61.

Le livre : "Paul Baudry, 1828-1886, Les portraits et les nus", grand format, 320 pages (Editions Somogy et Conseil général de la Vendée), abondamment illustré d'oeuvres peintes, dessins et photographies inédites. 35 euros. En vente à l'Historial de Vendée et dans les points habituels.

par Dominique Michonneau publié dans : infos-news-bulletin-reponse
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Mardi 13 novembre 2007

Une collection privée exceptionnelle regroupant des oeuvres de Jean Marais et de Jean Cocteau, dont la plupart signées ou dédicacées, sera mise en vente publique dimanche 18 novembre 2007, à 14 h 30, à Rennes (Bretagne enchères). Le catalogue est téléchargeable en ligne (ICI). Jean Villain-Marais est né le 11 décembre 1913 à Cherbourg (France), et il est décédé le 8 novembre 1998 à Cannes (France) : "Les poètes font semblants d'être morts", disait son compagnon Jean Cocteau, artiste peintre et sculpteur en plus d'être poète, comme son ami intime Jean Marais. Jean Cocteau était né le 5 juillet 1889, à Maisons-Laffitte dans une famille bourgeoise de Paris, et il est mort le 11 octobre 1963, à Milly-la-Forêt (Essonne), dans sa maison où il avait emménagé en 1947 avec Jean Marais. Cocteau repose dans la chapelle, tout à côté. On le voit, le destin de ces deux monstres sacrés était lié par l'art et la fidélité.

Et un Rennais ami de Jean Marais, auquel il vouait une admiration sans bornes depuis sa plus tendre enfance, a réuni tout au long de sa vie des affiches, lettres, céramiques, dessins, documents, livres, oeuvres d'art ou cartes postales. Quelque 150 lots, de quelques dizaines à plusieurs milliers d'euros en estimation, seront distribués sous le marteau du commissaire priseur. Le collectionneur, Dominique, avait huit ans quand il découvrit le film de Jean Delannoy "L'Éternel Retour" avec Madeleine Sologne et Jean Marais. Subjugué par le comédien, en 1975, le gamin regarde sur la première chaîne "La Belle et la Bête" de Jean Cocteau. Là, il commence à espérer rencontrer un jour celui qui devient son "héros" : Jean Marais. En 1986, un ami journaliste lui confie les adresses personnelles de l'artiste, connaissant la passion que Dominique porte à Marais et Cocteau. De Vallauris et Paris, débute une correspondance assidue qui dure deux ans. Et, en 1988, la rencontre est organisée à Nantes, lors de la tournée théâtrale de la pièce "Hernani" de Victor Hugo, où l'acteur tient le rôle de Don Ruy Gomez. Jeannot (pour les intimes) est âgé de 75 ans. La première rencontre se fait alors à l'issue de la réprésentation, et Dominique va rentrer ainsi, indirectement, dans l'univers de Jean Marais, ses amis, et Jean Cocteau. Il devient membre de la Société des Amis de Jean Cocteau, présidée par Jean Marais, et ne cessera d'enrichir sa collection d'objets et de documents sur les deux hommes, jusqu'à la mort de ce dernier, avec aussi la complicité amicale d'Édouard Dermit, fils adoptif et légataire universel de Cocteau. C'est le reflet de cette amitié collective qui sera dispersé dimanche 18 novembre 2007, en présence de Bernard Menez. Le comédien parraine la vente et lira un texte de Cocteau en début de réunion.

Le Lion Soleil de Jean Marais, sculpture double face en résine à patine vert et bronze signée avec un monogramme "FAR".

Jean Marais fut le compagnon du poète et metteur en scène Jean Cocteau à partir de 1937 qui le dirigea dans plusieurs films. Monstre sacré du cinéma français dont la beauté aura défié le temps, la carrière au cinéma de Jean Marais a véritablement débuté grâce à sa rencontre avec le poète Jean Cocteau. Le coup de foudre immédiat. Cette "seconde naissance" comme Jean Marais aimait à le dire l'amènera à jouer dans "L'Éternel Retour" de Jean Delannoy (1943) et "La Belle et la Bête" de Jean Cocteau (1945). Sous la direction de son amant, Marais joue dans "L'Aigle à deux têtes" (1947), "Les Parents terribles" (1948) et "Orphée" (1950). On le voit également aux côtés de Louis de Funès et Jeanne Moreau dans le "Dortoir des grandes" de Henri Decoin (1953). Jean Marais étoffera son registre, ensuite, dans des films de capes et d'épées. Et c'est finalement en roi dans le "Peau d'âne" de Jacques Demy (1970), que l'acteur retrouvera un peu de l'oeuvre poétique et fantastique de son amant. Le costume du roi et le mannequin de cire pour le musée Grévin font d'ailleurs partie de la vente bretonne. Mais saviez-vous que Jean Marais refusa aussi de jouer le rôle de l'assassin dans "Le Nom de la Rose" avec Sean Connery ? Jean Cocteau publia son premier livre de poèmes, "La Lampe d'Aladin", à 20 ans. Dans les années 1920, Cocteau s'associe avec Marcel Proust, André Gide, et Maurice Barrès. Il est également fasciné par le maître des ballets russes, Serge de Diaghilev, et créera un ballet avec l'artiste russe sur des décors de Picasso et la musique d'Érik Satie. En 1919, il rencontre le poète Raymond Radiguet. Les deux collaborateurs entreprirent beaucoup de voyages ensemble, Cocteau étant exempté de service militaire, et il ne se remettra jamais vraiment de la mort de cet ami. En 1940, "Le Bel Indifférent", pièce de Cocteau écrite pour Edith Piaf, fut un énorme succès. Alors qu'il était ouvertement homosexuel, il eut quelques aventures brèves et compliquées avec des femmes. Son travail recèle de nombreuses critiques contre l'homophobie. Quelques immenses succès firent passer pour toujours Cocteau à la postérité : "Les Enfants terribles" (roman), "Les Parents terribles" (pièce de théâtre de 1938), "La belle et la Bête" (1945). En 1959, l'artiste tourne "Le Testament d'Orphée" avec l'aide financière de François Truffaut, et restera aussi dans les mémoires l'ami de Coco Chanel ou le peintre Modigliani.

Le 20 mai 1948, Jean Marais et Jean Cocteau participent à Paris, à l'issue de la première de "La Chartreuse de Parme", à une opération caritative au profit des enfants de Lorient (Bretagne). Reproduction interdite des photos sans autorisation.

par Dominique Michonneau publié dans : infos-news-bulletin-reponse
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Samedi 10 novembre 2007

Le nouvel album "Le coeur d'un homme", de Johnny Hallyday, sort lundi 12 novembre 2007 (1). Mais déjà, ce nouvel opus de l'idole des jeunes, quelques mois après sa tournée triomphale, est annoncé comme un retour aux sources du blues, album intimiste avec quatre musiciens, et la participation indirecte de plusieurs pointures de la profession ou de l'écriture : le romancier Marc Lévy, le chanteur Francis Cabrel et Bono, le leader du groupe U2, etc. Deux ans après la sortie de son dernier album studio, "Ma Vérité", la star du rock est partie en Californie avec son arrangeur et directeur musical Yvan Cassar, connu pour ses collaborations avec Florent Pagny et Claude Nougaro. L'album a été mixé par Bob Clearmountain (David Bowie, Rolling Stones). Depuis des années, Johnny promettait à ses fans de revenir à des concerts plus intimistes. Avec ce "Coeur d'un homme" puisé dans l'inspiration de sa vie, ses proches, ses joies, ses regrets, sa carrière, la perspective d'une tournée tout aussi intimiste pourrait bien voir le jour plus tard. Cet album, le chanteur le doit à la confiance de sa nouvelle maison de disques, la Warner Music France, qui lui a donné carte blanche. Ses compagnons de route sont à ses côtés : Yvan Cassar, arrangeur et directeur musical qui a réalisé et produit l'album, Pierre Billon, Michel Mallory ou encore Jacques Veneruso. Johnny reprend aussi "Sarbacane", de Cabrel, sans oublier sa collaboration avec Bono, le chanteur du groupe U2 : "I am the blues". Un duo inattendu et inédit.

Johnny en tournée dans l'Ouest de la France, en juillet 2006 (Reproduction interdite).

La solitude du chanteur, malgré une célébrité constante et la fidélité de ses fans, le blues qui s'empare de lui parfois, quand vient la nuit, Johnny l'évoque dans "Le coeur d'un homme" (Reproduction interdite, photo D. Michonneau).

En attendant, place au nouvel album, fruit de belles rencontres avec des musiciens comme Cajun de "Taj Mahal" avec lequel il chante en duo, "T'aimer si mal", et des paroliers connus (l'écrivain Marc Lévy, le comédien Bruno Putzulu, Bono, le leader du groupe U2) ou inconnus comme le cinéaste rennais Christian Lejalé ("Monument Valley"). Un nouveau tournant marquant dans la carrière de Johnny Hallyday, dont on peut retrouver ci-dessous l'un des tubes en vidéo : Always.

À écouter : "Le coeur d'un homme", 13 titres. Chez Warner Music France (CD et CD + DVD). En vente lundi 12 novembre 2007.

À regarder : "Rock'n Roule", un livre sur les motos et voitures de Johnny, par lui-même et du pilote Jean Basselin. Chez Arthéléna Éditions. 220 pages. 39,90 euros.

Le making of du clip : Always !

 

par Dominique Michonneau publié dans : infos-news-bulletin-reponse
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Jeudi 8 novembre 2007

"J'ai appris avec une peine bien sincère la perte du général Stofflet (NDLR : l'un des chefs vendéens de l'insurrection dans l'Ouest de la France à la Révolution). Elle afflige tous les braves royalistes. Aussi, ils ne pensent qu'à venger sa mort (...)". C'est le général "blanc" Charette, de l'armée catholique et royale vendéenne, menant la contre-révolution française, qui parle dans une lettre. C'est l'une des pièces maîtresses mises en vente à l'hôtel Drouot (Paris), le 13 novembre 2007, à 14 h (catalogue en ligne ICI) : "Personnellement, je n'en avais jamais vu passer entre mes mains, car les lettres de chefs vendéens de la guerre de Vendée, ou de leurs amis de Bretagne, les chefs chouans comme Cadoudal, sont très rares", explique Bruno Testart, l'expert sarthois de la vente. "Elle est d'autant plus rare que lorsque Charette l'écrit à l'abbé Bernier, une figure de la Vendée militaire, il est traqué par les soldats révolutionnaires, et n'a plus que quelques jours à vivre." François-Athanase Charette de la Contrie (1763-1796), Roi de la Vendée, sera effectivement arrêté dans les bois du logis de la Chabotterie (Saint-Sulpice-le-Verdon), le 23 mars 1796, par Travot, et vendra chèrement sa peau. Il est fusillé à Nantes, le 29 mars suivant, ce qui signe la fin de la guerre de vendée (1793-1796).

Cette précieuse lettre signée à l'abbé Bernier, alors commissaire général de l'armée catholique et royale en Anjou (adresse et cachet de cire aux armes) n'est pas datée, mais elle a dû être écrite entre le 25 février 1796 (mort de Stofflet), et l'arrestation de Charette. Qui le félicite ensuite de sa nomination d'agent de l'armée royale auprès des puissances étrangères, méritée par "votre parfait dévouement pour la cause que nous défondrons jusqu'à la dernière goutte de notre sang..." Il ne croyait pas si bien dire le concernant. Une autre lettre de Charette passe en vente le même jour, un rare ordre signé de son quartier général de Belleville (Vendée), le 28 avril 1795, adressé à Louis Guérin, son lieutenant et ami qui fut tué quelques semaines plus tard : "Il est ordonné à Mr Guérin, chef de la division de Vieillevigne de faire prendre à la Rufelière une couette, un matelas et deux couvertures pour les faire passer de suite au quartier général de Belleville." Guérin annote et signe dans le bas de ce document : "Le conseil de Boué fera conduire les effets dénommés à Vieillevigne." Parmi les 300 lots de la vente, on trouve aussi une rare lettre de Cadoudal, chef breton.

Charette fut la figure symbolique de la révolte vendéenne, avec d'autres généraux comme Cathelineau, Lescure, Larochejaquelein, Stofflet, etc. Tout débuta en mars 1793 quand, poussée à bout par la persécution religieuse (constitution civile du clergé) des révolutionnaires, la déportation des prêtres et autres dérives de la Convention, la Vendée s'embrase. L'Ouest de la France se soulève ensuite avec les Chouans. Charette finira par incarner l'âme de la Vendée, répondant coup pour coup aux "bleus" révolutionnaires, d'autant que la Terreur et les colonnes infernales des soldats républicains avaient mené en Vendée militaire (Vendée, Maine-et-Loire, Loire-Atlantique, Deux-Sèvres), un véritable génocide qui fit 170.000 morts. Une tragique page d'histoire toujours en attente de reconnaissance officielle...

Charette tel que le peignit Pierre Guérin (XVIIIe siècle), conservée au musée d'Art et d'Histoire de Cholet (Maine-et-Loire). Anne Bernet a écrit la biographie "Charette" (Perrin), et le Centre vendéen de Recherches historiques s'est spécialisé avec des publications inédites sur cette période historique de l'histoire de France (*).

(*) À lire, notamment : "Charette", de Thérèse Rouchette, dans la collection "Les indispensables" (Éditions du Centre vendéen de Recherches historiques), 127 pages illustrées. 15 euros. Tél. de France : 02 51 47 74 49.

par Dominique Michonneau publié dans : infos-news-bulletin-reponse
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