
Les policiers lui disent "Merci", enfin pas tous, les flics "de base", ou l'échelon au-dessus, celles et ceux qui côtoient les malheurs ou les saletés des autres au quotidien. Ou presque. En 2007, Bénédicte Desforges a dégainé sa plume dans "Flic, Chroniques de la police ordinaire" (Michalon). Un petit pavé de nouvelles bien réelles du vécu de ce lieutenant de police, qui a travaillé en banlieue parisienne et dans le 18e arrondissement de Paris. Le livre a tellement bien marché qu'il vient d'être réédité en édition augmentée dans la collection "J'ai Lu". Ne vous en privez pas, c'est un véritable condensé d'une littérature imagée et nerveuse, pour raconter parfois l'irracontable, la détresse, l'impuissance des flics parfois, leur rage, leurs regrets, leur fierté, et même la bêtise, bref la vie quoi.
J'ai rencontré Bénédicte Desforges une fois, blonde plutôt frêle au regard pétillant, au sourire ravageur, mais à la main leste. Ne vous y trompez pas. Elle sait aussi bien faire son métier qu'écrire, et elle a donc choisi aussi de témoigner, sans doute aussi parce que parfois : trop, c'est trop ! Lire "Flic", c'est faire une descente dans la réalité de la misère des gens ou de la saloperie humaine, c'est découvrir qu'être un flic, ça n'est pas seulement siffler et battre des bras aux carrefours, mais souvent jouer aussi à l'assistante sociale, des coudes pour se faire respecter, parfois au confesseur ou à l'urgentiste, rarement du Smith & Wesson : "J'ai écrit ce qui m'avait touchée ou fait rire, ce qui avait ravagé ma conscience, des regrets de ne pas avoir su bien faire, des soulagements d'avoir fait mon travail, des images qui sont imprimées dans ma mémoire et ne la quitteront plus... J'ai écrit ce que l'on hésite à dire. J'ai écrit parce que ce métier le mérite. J'ai écrit le meilleur des choix que j'ai fait de ma vie, celui d'être un flic. L'obligation de réserve ? Ce n'est pas le plus important.", balance Bénédicte Desforges pour justifier son témoignage exceptionnel.
Loin des clichés alimentés à longueur de séries télévisées et des récits épiques des anciens flics vedettes de l'antigang ou des stups, les histoires de Bénédicte sont des histoires de rues, des tranches de pain quotidien, violentes, drôles ou émouvantes. Plus de 200 pages de Pigalle en passant par l'appartement d'une jeune femme médecin qui se meurt, de la Goutte d'Or à une cour d'assises, du massage cardiaque au squat, en passant par le milieu de la drogue. "Flic, Chroniques de la police ordinaire", c'est une "balade à l'envers du décor" comme le résume Bénédicte Desforges, mais qui se lit comme un roman !

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