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Mercredi 23 janvier 2008

L'émission télévisée, après dix ans de vie sur le petit écran, a repris du service sur Internet, avec une interface simple, et une partie gratuite.

Émission pertinente et poil à gratter du Paysage audiovisuel français, l'émission "Arrêt sur images" manque à la télévision. Émission hebdomadaire de décryptage des médias créée et présentée par le journaliste Daniel Schneidermann, elle a été victime de l'audimat, et sans doute aussi de la dure loi du PAF, d'autant que les avis divergeaient sur les véritables raisons de son arrêt définitif en 2007. Eh bien le site Internet "Arrêt sur images" prolonge l'émission du même non, "émission de relecture des images télévisées, créée par la chaîne publique de télévision France 5 en 1995. Le site élargit le champ d'intervention de l'ancienne émission : tous les médias sont désormais concernés, et plus seulement la télévision", indique-t-on en août dernier, lors du lancement officiel. Daniel Schneidermann en est le directeur de publication, avec Sophie Gindensperger, Gilles Klein, et Dan Israel (journalistes), et des chroniqueurs comme Judith Bernard, professeure de lettres, David Abiker, chroniqueur à France Info et autres magazines, ou la journaliste Elisabeth Lévy. L'accès est en partie gratuit pour les visiteurs et entièrement disponible aux abonnés (*), à l'inverse de sites d'informations comme Rue89, le journal en ligne qui fait aussi appel à la participation des internautes. Mais il faut dire que Daniel Schneidermann refuse le financement par la publicité : "Quand on fait semblant de donner quelque chose gratuitement aux gens, on vend toujours une part de leur cerveau disponible à des annonceurs.", justifie en substance le patron de la rédaction. L'interface est simple, et le contenu est à l'image de l'émission télévisée en son temps : cinglant. Et fouillé tout autant qu'original dans les angles choisis pour creuser les sujets, ou mettre l'actualité brûlante sur le feu.

"Arrêt sur images" passait au crible les médias sur la Cinquième chaîne du service public français depuis 1995, émission singulière de Daniel Schneidermann qui avait fédéré bon nombre de téléspectateurs, et continuait à vivre avec l'équipe de l'émission via le forum de son site Internet et les interventions de sa médiatrice, l'écrivain Chloé Delaume. Quand elle s'arrête, impénétrable loi de l'audimat et/ou peut-être pressions politiques internes, Daniel Schneidermann tranche sur le Bigbanblog le tollé général soulevé par cette décision de la direction de France 5 en 2007 : "Au fond, la question n'est pas : pourquoi s'arrête Arrêt sur images ? La question est : pourquoi ne s'arrête-t-elle que maintenant ?". Bonne question penseront ses défenseurs. Le journaliste ne cachait pas non plus sa difficulté à inviter sur son plateau des représentants des chaînes de télévisions privées, et des pressions subies au sein de France Télévisions quand il se penchait sur des sujets "sensibles" liés aux chaînes du groupe. La Cinquième chaîne était devenue France 5 en janvier 2002. "Arrêt sur images" était produite par Alain Taïeb, et présenté par Daniel Schneidermann, qui la co-présentait à l'origine avec Pascale Clark, et elle analysera sans concessions l'image télévisuelle, et la manière dont elle influence les téléspectateurs, tout en essayant d'en comprendre les enjeux. Des chroniqueurs et des journalistes commentent une revue de presse animée. L'émission fait aussi intervenir les auteurs d'images présentées dans l'émission, ainsi que des spécialistes des sujets traités. L'émission avait été voulue et soutenue par le président de la Cinquième, Jean-Marie Cavada. Elle avait été maintenue par son successeur, Jérôme Clément, puis par les différents directeurs généraux de la chaîne après l'entrée dans le groupe France Télévisions. À ce titre, c'était avec "Ripostes" (Serge Moati) une des rares émissions de la Cinquième encore diffusée sur France 5 pour la saison 2007. Le 18 juin 2007, la direction de France 5 annonce qu'elle ne reconduira pas certains magazines pour la rentrée 2007, dont "Arrêt sur images". Une pétition n'y changera rien. Mais l'idée de la faire renaître sur Internet, si...

(*) Le tarif normal de l'abonnement à "Arrêt sur images" sur Internet, est actuellement de 30 euros par an. Et de 12 euros par an pour les chômeurs, emplois précaires ou étudiants. Mais si vous êtes vraiment sans ressource, vous pouvez demander par courrier motivé un abonnement gratuit d'un an au titre "d'ami fauché"...

par Dominique Michonneau publié dans : infos-news-bulletin-reponse
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Vendredi 11 janvier 2008

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Les piliers des débuts du grand journalisme sur le petit écran, le 9 janvier 1959, de gauche à droite : Pierre Desgraupes, Éliane Victor, Georges Hermad, Pierre Dumayet, Igor Barrère (photo INA, reproduction interdite sans autorisation).

C'est un trésor d'archives et un document exceptionnel que vient d'éditer en DVD l'Institut national de l'Audiovisuel (INA), distribué par TF1 vidéo : un coffret de cinq DVD d'une durée totale de 780 minutes, avec un livret de 12 pages, sur le plus célèbre magazine d'information des débuts de la télévision française, sur l'unique chaîne de la RTF ! "Cinq colonnes à la une" sera diffusé le premier vendredi de chaque mois, pendant 103 numéros, jusqu'à son arrêt brutal en 1968. Pendant ces émissions, les cinémas se vidaient devant les prémices de la fascination pour la petite lucarne, mais surtout ces vendredis-là pour les reportages variés et fascinants des quatre mousquetaires journalistes. Il y a là le patron, Pierre Lazareff (1907-1972), dirigeant de France-Soir, quotidien vendu à plus d'un million d'exemplaire, et le trio Pierre Desgraupes (1918-1993), Pierre Dumayet, et Igor Barrère (1931-2001), deux journalistes de radio et de télévision et un réalisateur. Leurs premières caméras légères emmènent aussi bien les téléspectateurs, à partir de 20 h 35, du lit de Brigitte Bardot au salon des Kennedy, mais aussi sur des sujets plus graves. Le journalisme d'investigations ou de sujets plus populaires est en train de naître...

Dans le coffret, 56 sujets "phares" de "Cinq colonnes", comme l'on disait, ont été d'abord restaurés et numérisés par l'INA. À la fois exploits techniques, documents exceptionnels et reportages uniques de la télévision française, la sélection permet non seulement de retrouver de grandes plumes du journalisme en images, mais des sujets cultes : les années "Trente Glorieuses" qui transformèrent le monde en direct, des stars naissantes ou déjà confirmées (Johnny Hallyday, Françoise Sagan, Georges Brassens, Edith Piaf, Yves Montand, etc), la guerre d'Algérie, ou une Amérique en pleine ébullition. Chacun des DVD thématiques est présenté par la journaliste Michèle Cotta, présidente du Comité d'Histoire de la télévision, et enrichi d'un cinquième fait d'une interview de Pierre Schoendoerffer, reporter pendant six semaines au sein d'une section combattante américaine au Vietnam, de portraits des concepteurs de "Cinq colonnes à la une" (Pierre Dumayet, Éliane Victor l'assistante, Philippe Labro, Jacques Krier, Igor Barrère), etc.

Parallèlement à la sortie de cette mine d'infos en DVD, un site VOD Internet thématique est consacré à "Cinq colonnes à la une". On y trouve notamment une galerie photos, ou la possibilité de télécharger 850 documents de la collection des "Cinq colonnes", soit plus de 200 heures de programmes, dont quatre émissions intégralement (c'est ICI). Le coffret quant à lui est un beau condensé de la mémoire collective, souvenirs touchants pour les plus anciens téléspectateurs, découvertes riches pour les plus jeunes : "Témoignage d'une époque, et du regard que la société portait sur elle, Cinq colonnes à la une offre ainsi bien davantage qu'une plongée nostalgique dans ces années que l'on disait Glorieuses. Si cette émission a marqué les esprits au-delà de son temps, c'est que plus de quarante ans après leur diffusion, ces numéros nous donnent, aujourd'hui encore, à voir, à apprendre et à penser", résume bien Emmanuel Hoog, président-directeur général de l'INA.

"Cinq colonnes à la une" en images...

par Dominique Michonneau publié dans : infos-news-bulletin-reponse
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Mercredi 9 janvier 2008

Les policiers lui disent "Merci", enfin pas tous, les flics "de base", ou l'échelon au-dessus, celles et ceux qui côtoient les malheurs ou les saletés des autres au quotidien. Ou presque. En 2007, Bénédicte Desforges a dégainé sa plume dans "Flic, Chroniques de la police ordinaire" (Michalon). Un petit pavé de nouvelles bien réelles du vécu de ce lieutenant de police, qui a travaillé en banlieue parisienne et dans le 18e arrondissement de Paris. Le livre a tellement bien marché qu'il vient d'être réédité en édition augmentée dans la collection "J'ai Lu". Ne vous en privez pas, c'est un véritable condensé d'une littérature imagée et nerveuse, pour raconter parfois l'irracontable, la détresse, l'impuissance des flics parfois, leur rage, leurs regrets, leur fierté, et même la bêtise, bref la vie quoi.

J'ai rencontré Bénédicte Desforges une fois, blonde plutôt frêle au regard pétillant, au sourire ravageur, mais à la main leste. Ne vous y trompez pas. Elle sait aussi bien faire son métier qu'écrire, et elle a donc choisi aussi de témoigner, sans doute aussi parce que parfois : trop, c'est trop ! Lire "Flic", c'est faire une descente dans la réalité de la misère des gens ou de la saloperie humaine, c'est découvrir qu'être un flic, ça n'est pas seulement siffler et battre des bras aux carrefours, mais souvent jouer aussi à l'assistante sociale, des coudes pour se faire respecter, parfois au confesseur ou à l'urgentiste, rarement du Smith & Wesson : "J'ai écrit ce qui m'avait touchée ou fait rire, ce qui avait ravagé ma conscience, des regrets de ne pas avoir su bien faire, des soulagements d'avoir fait mon travail, des images qui sont imprimées dans ma mémoire et ne la quitteront plus... J'ai écrit ce que l'on hésite à dire. J'ai écrit parce que ce métier le mérite. J'ai écrit le meilleur des choix que j'ai fait de ma vie, celui d'être un flic. L'obligation de réserve ? Ce n'est pas le plus important.", balance Bénédicte Desforges pour justifier son témoignage exceptionnel.

Loin des clichés alimentés à longueur de séries télévisées et des récits épiques des anciens flics vedettes de l'antigang ou des stups, les histoires de Bénédicte sont des histoires de rues, des tranches de pain quotidien, violentes, drôles ou émouvantes. Plus de 200 pages de Pigalle en passant par l'appartement d'une jeune femme médecin qui se meurt, de la Goutte d'Or à une cour d'assises, du massage cardiaque au squat, en passant par le milieu de la drogue. "Flic, Chroniques de la police ordinaire", c'est une "balade à l'envers du décor" comme le résume Bénédicte Desforges, mais qui se lit comme un roman !

 

par Dominique Michonneau publié dans : infos-news-bulletin-reponse
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