Horst Rippert était pilote de chasse sur Messerschmitt Bf 109, en juillet 1944, près de Marseille (© Collection Hans
Fahrenberger).
"St-Exupéry, l'ultime secret. Enquête sur une disparition" (Éditions du Rocher), le livre du journaliste Jacques Pradel et Luc
Vanrell, plongeur en archéologie sous-marine, lève-t-il enfin le voile sur la mort d'Antoine de
Saint-Exupéry ? Leur enquête en lien direct avec la découverte en mer par un pêcheur, en 1998, de la gourmette de l'aviateur disparu, les a finalement menés vers un pilote
allemand à la retraite qui a reconnu avoir tiré sur l'écrivain.
Horst Rippert, qui fut journaliste à la ZDF (2ème chaîne de télévision allemande), était en 1944 un as de la Luftwaffe. Il a fait partie du groupe de chasse Süd JGr 200, dont de
nombreux vols eurent lieu sur les zones de Toulon et Marseille, là où la gourmette de Saint-Ex a été remontée dans les filets du pêcheur, alors qu'on pensait encore que le "père"
du "Petit Prince" s'était abimé vers Nice : "Je me souviens parfaitement de ce jour-là. Je suis parti pour une mission de reconnaissance et d'interception vers Toulon
puis Marseille", raconte Rippert dans le livre de Pradel et Vanrell, mais aussi à une équipe de télévision allemande. "J'aperçois ce Lightning à double fuselage se
dirigeant vers Marseille, à 2.000 mètres d'altitude, en mission d'observation (...) J'ai plongé dans sa direction et j'ai tiré, non pas sur le fuselage, mais sur les ailes. Je l'ai touché. Il
s'est écrasé en mer. Personne n'a sauté (...) Le pilote, je ne l'ai pas vu, et quand bien même, il m'aurait été impossible de savoir que c'était Exupéry. J'ai espéré, et j'espère toujours, que ce
n'était pas lui (...)".
Luc Vanrell a dû faire une étude documentaire approfondie pour ses plongées et l'enquête avec Pradel aux États-Unis et en Allemagne (©
Rosenfeld/Luc Vanrell-1999).
Pourtant, tout laisse penser selon les auteurs et leurs recoupements que c'est bien Horst Rippert qui a intercepté, lundi 31 juillet 1944, le Lightning P-38 du commandant Saint-Exupéry, parti à 8 h
45 de l'aérodrome de Bastia-Borgo vers le sud de la France. Objectif : une mission de reconnaissance et d'observation photographique pour préparer le débarquement de Provence. Malheureusement,
Antoine de Saint-Exupéry n'en reviendra pas. Longtemps, et encore jusqu'à aujourd'hui, on s'est perdu en conjectures sur cette disparition en Méditerranée :
"Son retour est prévu entre
12 h 35 et 13 heures. Sans nouvelles de lui à 14 h 30, on le déclare disparu en mission. Saint-Exupéry a-t-il été abattu par la chasse allemande ? Fut-il victime d'une panne de ses moteurs ou de
ses instruments de navigation ? S'est-il donné la mort ?", s'interroge Alain Decaux, de l'Académie française, en se remémorant les événements et leurs prolongements, lui qui a préfacé
l'ouvrage de Jacques Pradel et Luc Vanrell. Enquêteurs qui apportent aujourd'hui une réponse...
Cette jambe
d'atterrissage, caractéristique d'un Lightning de dernière génération (la partie en carré en haut), laisse penser que c'est l'avion de Saint-Ex, le seul qui pilotait l'unique Lightning de version
évoluée qui a pu disparaître sur le secteur de Marseille-Toulon (© Luc Vanrell).
Pradel et Vanrell ont été aidés dans leur enquête par un spécialiste de recherches d'avions perdus pendant la guerre, Lino von Gartzen :
"En fait, après que la gourmette
fut retrouvée par le pêcheur marseillais, je me suis intéressé de nouveau à des vestiges d'avions que j'avais aperçu dans cette zone", raconte d'une voix sûre Luc Vanrell.
"D'abord un moteur d'avion V 12, qui s'avérera être issu d'un Messerschmitt allemand, orientant l'enquête vers l'Allemagne, piloté par le prince Alexis von Bentheim. Puis quelques
dizaines de mètres plus loin, l'avion de Saint-Exupéry, dont les pièces caractéristiques et le numéro 2734 L près du turbocompresseur coïncidèrent avec le matricule 42-68223 de Saint-Exupéry. M.
Rippert fut par la suite le dernier des cinq pilotes vers lequel Lino nous dirigea lors de notre enquête aussi sur l'avion allemand. Mais il y a encore du nouveau : une sépulture sommaire d'un
homme trouvé en 1965 sur l'île de Riou. Peut-elle être du pilote allemand ou de l'écrivain ? L'ADN devrait bientôt nous en dire davantage...". Une nouvelle enquête ?
Quant aux morceaux de l'avion de l'auteur du "Petit Prince" ou de "Pilote de guerre", ils ont été remis en juin 2004 au musée de l'Air et de l'Espace du Bourget, à Paris.
Commentaires