
Brian Steidle est un témoin capital des horreurs au Darfour.
L'opération avortée et quelque peu opaque encore de transport en France d'enfants par L'Arche de Zoé, à partir du très protégé Est tchadien, réveille en même temps les problèmes politiques internes à ce pays, et surtout, la guerre civile au Darfour (Soudan). D'autant que depuis l'éclatement des hostilités en 2003, des liens entre une partie des chefs rebelles darfouriens et des responsables militaires tchadiens existeraient. Une partie de ces rebelles a des bases aux frontières stratégiques du Tchad, selon des experts, et ils prêteraient main-forte à l'armée régulière tchadienne. Sans oublier dans ce contexte, la mise en place de la future force européenne, l'Eufor, qui doit se déployer dans l'Est du Tchad, avec le risque aussi de voir revenir des rebelles tchadiens passés au Soudan. De son côté, la force hybride ONU/Union africaine pourrait être opérationnelle au Darfour début 2008. On le voit, l'affaire de L'Arche de Zoé ne doit pas, d'une manière ou d'une autre, "masquer" provisoirement le contexte darfourien et ses atrocités.

Des gens sont brulés vifs, notamment, dont parfois des enfants, les mains liées.
Depuis 2003, le conflit au Darfour a fait environ 300.000 morts, quelque 2,5 millions de personnes déplacées selon l'ONU, et l'intervention de la communauté internationale se fait attendre. Devant l'inaction de celle-ci, Brian Steidle, ancien capitaine des Marines et observateur militaire non armé pour le compte de l'Union africaine au Darfour, a démissionné de son poste à l'ONU pour mieux filmer l'horreur génocidaire au Darfour et le faire savoir. Canal + diffuse toujours son témoignage édifiant et éprouvant, "Darfour, le diable est arrivé à Cheval", réalisé par Annie Sundberg et Ricki Stern (photos ci-contre, "International Film Circuit"). A l'arrivée de Brian Steidle en 2004, le conflit était devenu une vaste opération militaire orchestrée par le gouvernement qui visait à anéantir les tribus africaines de la région avec le soutien des djandjawids. Pendant la période qu'il a passée au Darfour, Brian Steidle a observé, tous les jours, des actes d'une brutalité extrême, qu'il a pris en photo ou filmés. Elle rappelle l'urgence d'intervenir pour la communauté internationale qui ne peut pas dire qu'elle "ignore" les massacres génocidaires du Darfour, perpétrés sur les hommes, femmes et enfants...

Scène du "quotidien" au Darfour...
Le Soudan, le plus grand pays d'Afrique, souffre des divisions religieuses, ethniques et socio-économiques : entre musulmans et chrétiens, Arabes et Africains, nomades et sédentaires. Ce pays sort à peine d'une guerre civile (1983-2003) entre les rebelles du Sud et le gouvernement soudanais, qui a déjà fait près de deux millions de morts. Les origines du nouveau conflit darfourien sont anciennes - coup d'État en 1989 - et d'ordre politique. Mais il s'agit surtout d'une lutte pour ses trésors naturels : eau, terres, pétrole, le tout sur fond de nettoyage ethnique. Pendant six mois, Brian Steidle a photographié les atrocités commises dans la région, population noire africaine du Darfour systématiquement massacrée par les Janjaweeds, milices arabes armées et soutenues par le gouvernement soudanais, entre autres. Une population décimée pour laquelle un tel reportage peut être une bouteille à la mer.
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